Bateau d’intérêt patrimonial construit en 1927, « Atalante » est au cœur d’un projet à la fois humain et maritime porté par François Sirven-Villaros. À La Grande-Motte, ce voilier en bois permet depuis cinq ans d’emmener en mer des enfants en situation de handicap. Mais aujourd’hui, son avenir dépend d’une lourde restauration estimée à 100 000 euros.

Sur les quais de La Grande-Motte, Atalante ne passe pas inaperçu. Ce voilier en bois de 15 mètres, construit en 1927 à Bordeaux, approche de son centenaire. Labellisé bateau d’intérêt patrimonial, il incarne à la fois un pan d’histoire maritime et un projet profondément humain.

Il incarne aussi une histoire d’amour, celle de son propriétaire, François Sirven-Villaros, pour les vieux gréements, la mer et puis surtout sa femme, aujourd’hui défunte. Acheté il y a plus de 20 ans à Menton, il a fait de cette embarcation bien plus qu’un simple voilier.

« C’est un bateau qu’on a toujours eu envie de partager, confie-t-il. On a envie de le montrer, de partager la mer avec d’autres personnes. »

Un projet né d’une épreuve personnelle

Ainsi, l’histoire de Atalante est indissociable de celle de son propriétaire. Avec son épouse, ils avaient imaginé un projet tourné vers les autres. « Mon épouse est tombée malade… et ça a été le projet qu’on a pris pour essayer d’avoir un horizon« , raconte-t-il, la gorge nouée. « Elle ne l’a pas vu aboutir. » Mais l’espoir, lui, à continuer de voguer. Car de cette épreuve est née, en 2021, l’association Atalante et les Pirates. Son objectif : faire naviguer bénévolement des enfants malades ou en situation de handicap.

Depuis cinq ans, environ 300 enfants ont ainsi pu embarquer, accompagnés de leurs proches ou encadrants. « On les fait barrer, on les fait participer aux manœuvres… l’idée, c’est vraiment de les intégrer« , explique François Sirven-Villaros.

Une parenthèse en mer

Sur le pont dégagé de Atalante, les enfants découvrent un univers souvent inaccessible pour eux. “C’est une parenthèse sereine dans leur vie souvent dure”, souligne le dossier de présentation de l’association. Les sorties, organisées avec des structures locales, offrent bien plus qu’une simple promenade. Elles permettent de reprendre confiance, de créer du lien et d’éprouver un sentiment de liberté. « Ce sont de chouettes moments pour eux, mais aussi pour nous et pour tout l’équipage« , résume le président de l’association.

Un bateau chargé d’histoire

Construit sur les plans de l’architecte naval Joseph Guédon, Atalante a connu plusieurs vies avant d’arriver en Méditerranée. D’abord baptisé Étincelle II, il a notamment appartenu au capitaine du prince de Monaco.

Entièrement en bois, avec une coque en acajou et une structure traditionnelle, ce cotre témoigne d’un savoir-faire aujourd’hui rare. « À l’époque, c’étaient des plans uniques« , rappelle François Sirven-Villaros, évoquant un patrimoine maritime fragile mais précieux.

Une course contre la montre pour le sauver du naufrage

Mais aujourd’hui, l’avenir du voilier est incertain. Des faiblesses structurelles importantes ont été identifiées, notamment au niveau de l’étrave, pièce centrale de la coque qui permet de tenir les membrures. Autrement dit sa colonne vertébrale.

Le chantier s’annonce lourd : il faudra ouvrir la coque, remplacer des pièces majeures et restaurer l’ensemble dans le respect des techniques d’origine. « On va mettre à nu cette pièce centrale et la changer« , indique le capitaine. Une opération à cœur ouvert dont l’idée même serre celui de son propriétaire. Le coût total est estimé à environ 100 000 euros, pour six mois de travaux.

“Sauver le bateau pour continuer à faire sortir les enfants”

Pour François Sirven-Villaros, l’enjeu dépasse largement la simple rénovation. « Le cœur de l’association, c’est la jonction entre la préservation du patrimoine et le fait de faire sortir les enfants« , insiste-t-il. Afin de faciliter la recherche de financements, il a décidé de faire don du bateau à l’association, permettant ainsi de mobiliser mécènes et donateurs.

Car sans cette restauration, Atalante ne pourra plus naviguer à terme. Et avec lui, c’est tout un projet solidaire qui risque de disparaître. À l’horizon 2027, l’association espère pourtant fêter les 100 ans du voilier en mer, entourée des enfants qui en ont fait un symbole. « C’est ma façon de continuer« , glisse sobrement François Sirven-Villaros. Un appel aux mécènes, comme une bouteille à la mer, est donc lancé.

Source : Echo des tribunes – Herault Tribune